Artiste plasticienne
Je cherche moins à représenter qu'à faire ressentir : ce moment de bascule entre observation et projection, entre le monde tel qu'il nous apparaît et les paysages que l'on porte en soi. Le territoire comme point de départ, l'intime comme destination ou peut-être l'inverse.
Formée à la gravure et au design textile, j'ai développé une pratique expérimentale qui explore autant la ligne que la matière, à travers la peinture, l'estampe et le textile. Un rapport sensible et intime à la nature, ancré dans l'enfance, infuse mon travail. Celui-ci s’enrichit aujourd'hui de résidences, de voyages de recherches et de collaborations.
Je m'inspire des formes du monde naturel que je transforme en mêlant ressentis, mémoire et imaginaire. Des éléments végétaux, minéraux, aquatiques, presque anatomiques émergent sans hiérarchie définie. La lave qui dévale un flanc de montagne et se fige au contact de l'eau, le passage du liquide au solide, du chaud au froid : ces processus m'intéressent autant pour leur réalité physique que pour ce qu'ils évoquent. En variant les échelles et les points de vue, je cherche à troubler la perception : regarde-t-on une surface, un fragment, une cosmogonie ? Quelque chose du monde tel qu'il se transforme, et peut-être se défait : une attention à ce qui disparaît, à ce qui brûle, à ce qui mute.
J'aborde la couleur et la matière comme des sujets en soi et des éléments vivants, capables de générer leurs propres formes. Des contrastes francs creusent des profondeurs, tandis que des touches plus retenues laissent la lumière surgir depuis la réserve du papier ou du tissu. L'eau, les encres et les pigments interagissent par fusion, diffusion ou résistance, faisant écho aux forces à l'œuvre dans la nature. Cette manière d’aborder la création ouvre un espace d’équilibre entre maîtrise et lâcher-prise, intention et imprévu.
« Les paysages de Lola Merciel nourris de mythes et de rêves, sont peuplés de volcans, de cavernes, d’îles incendiées par les flammes d’un soleil coulant, d’un réalisme devenu magique par l’outrance des couleurs vives. La dimension onirique et émotionnelle de ces lieux prend forme à travers la légèreté ondulante de la soie peinte à la main ou sous les strates des tissus assemblés comme des objets trouvés. Des paysages en transformation, métaphores d’une sismographie intérieure. »
Barabara Musetti, curatrice de l’exposition La vie des formes à la galerie de l’Atelier Lardeur